vendredi 23 juin 2017

Au jardin



Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.
Arthur Rimbaud, Poésies

mardi 9 mai 2017

Aurore aux doigts de rose...



Ἦμος δ᾽ ἠριγένεια φάνη ῥοδοδάκτυλος Ἠώς
Dès que, fille du matin, parut l'Aurore au doigts de rose...
Homère, L'Illiade.

dimanche 30 avril 2017

L'étoile filante



À qui donc le grand ciel sombre
Jette-t-il ses astres d'or ?
Pluie éclatante de l'ombre,
Ils tombent...? — Encor ! Encor !...

Victor Hugo, Les Etoiles Filantes, 1865


vendredi 7 avril 2017

C'est la ouate


De toutes les matières 
C'est la ouate qu'elle préfère 
Passive, elle est pensive 
En négligé de soie 

dimanche 19 mars 2017

En pente douce


La jetée descendait en pente douce vers le phare
dont la lueur jetait sur la mer des éclats de feu salé.

vendredi 17 février 2017

Crépuscule





Pour Alain Manuel et Bizak, mes fidèles



  Crépuscule délicieux

      Froissement de fougères

    Il reste sur ta joue

    Le parfum du zéphyr

      Le vol des pipistrelles

    Agace les colibris 


mercredi 25 janvier 2017

La Croix du Sud



A Sophie


La grande Croix du Sud se dresse dans l'espace
Et mon regard y vole ; et, depuis ce moment,
Planète et lune, au ciel tout gravite et tout passe,
Sans que mon œil fiévreux se détache et se lasse
De cette grande Croix qui roule au firmament.

Casimir Bouis. Poèmes de la Nouvelle

vendredi 9 décembre 2016

Orion


A Pivoine



Avec mes dents
J'ai pris la vie
Sur le couteau de ma jeunesse.
Avec mes lèvres aujourd'hui,
Avec mes lèvres seulement...

Courte parvenue, 
La fleur des talus, 
Le dard d'Orion, 
Est réapparu.

René Char

mardi 6 décembre 2016

Venus du berger



L'heure du berger

La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S'endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leurs spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit
Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.

Paul Verlaine

dimanche 30 octobre 2016

Fière et debout




« La plupart des gens ont une vision conventionnelle de la vie,  il faut avoir le courage de se détacher de tout, de toutes normes, il faut oser faire le grand bond dans le cosmos : alors la vie devient infiniment riche, elle déborde de dons, même au fond de la détresse. »
Etty Hillesum

mercredi 19 octobre 2016

Papiers-bateaux


Pour Anne **







« Elle flotte, elle hésite, en un mot elle est femme »
Racine.



Je t'ai vue, Célestine, monter dans la barque. Vision un peu étrange que cette barque posée sur les eaux Vertes du lac du même nom, enchâssé à 1800 mètres d'altitude. Tu étais assez légèrement vêtue pour une nuit d'automne, éclairée par la lune. Tu t'es assise dans la barque, posant sur tes genoux une épaisse liasse de papiers. Tu as pris les feuillets, un par un : déclaration, questionnaire, attestation, formulaire, assurance, imposition, état-civil, remboursement et refus de remboursement, et justificatifs pour chacun des feuillets. Ton geste était gracieux et assuré : transformer chaque papier, par un savant pliage que nul n'a oublié quand il l'a transmis à des générations d'enfants, en un joli bateau, léger comme le vent, coloré par les en-têtes administratives devenues des noms poétiques pour chaque petit navire. Le fond de la barque s'est rempli des papiers pliés, alors que la liasse sur tes genoux a disparu. Tu t'es levée, a pris délicatement chaque petit bateau fragile et plus du tout menaçant, les as posés un par un à la surface de l'eau tout autour de toi.
Un vent léger s'est levé, conduisant vers l'autre rive cette flottille improbable, éclairée par la lune. J'ai alors distinctement entendu cette voix, réfléchie par la montagne : "Allez, on y arrivera bien".
Et tu as souri. Anne **